« Si vous voulez que le pouvoir soit utilisé à bon escient, il faut que davantage de bonnes personnes détiennent le pouvoir. »
-Jeffrey Pfeffer
Définition
La période contemporaine définit le pouvoir comme un système d’interaction entre deux partis dans lesquels il y a de facto un fort et un faible, un oppresseur et un oppressé. Pour cette raison, le pouvoir est perçu comme négatif dans notre société.
A contrario, surtout dans le domaine du spirituel, on considère comme vertueux, supérieur, de rejeter toute forme de domination et, par conséquent, concept dans lequel le pouvoir n’a pas sa place.
Cette définition comporte cependant deux problèmes majeurs :
- Elle confond force et pouvoir.
- Tout le monde veut plus de pouvoir, surtout ceux prétendant ne pas le désirer. De ma propre expérience, c’est dans les mieux dits les plus équitables où avaient lieu les jeux les plus machiavéliques. Je considère néanmoins la quête de pouvoir comme une bonne chose. Avez-vous déjà vu une personne faible être capable de quoi que ce soit de bon ? Son action se transforme au mieux en échec.
Dynamique du pouvoir
Sans doute, vous connaissez l’histoire de David et de Goliath : David est un enfant qui terrasse le géant Goliath en lui lançant une pierre. David est physiologiquement plus faible que Goliath. Il l’a cependant vaincu. À partir de cette histoire, nous rejoignons la définition la plus répandue dans à travers l’histoire de l’humanité : le pouvoir est le contrôle d’une dynamique ou d’une force au cours d’une interaction entre au moins deux partis.
Ainsi, nous pouvons retrouver une situation où un esclave exerce du pouvoir sur son maître (les stoïciens antiques citent souvent cet exemple).
Donc, le faible peut exercer un pouvoir sur le fort.
Un « jeu » d’influence éthique ?
Si nous reconnaissons le pouvoir comme un jeu d’influence, nous sommes contraints de reconnaître alors que des personnalités dites « spirituelles » telles que Krishnamurti ont exercé un pouvoir fabuleux sur ses fidèles. Je pourrais dire la même chose de Gandhi. Je n’ai même pas à citer les figures représentant les principales religions abrahamiquesCes personnes se positionnent néanmoins aux antipodes de quelqu’un comme Rasputin, aussi dit spirituel : nous reconnaissons qu’elles avaient à cœur le bien-être leurs suivants.
Donc nous pouvons rapidement observer que des personnes dites puissantes ne sont pas pour autant détournés de principes éthiques.
Le pouvoir est avant tout un outil, utilisé soit à bon ou mauvais escient.
Pouvoir et spirituel
Comme dans les exemples ci-dessus, vous pouvez déceler dans l’histoire de David et de Goliath révèle un élément fondamental : David était dans un état d’esprit particulier, lequel lui a permis de vaincre le géant, alors que ce dernier se montrait arrogant, convaincu de venir à bout de l’enfant.
Vous pourriez lire que selon l’Ancient Testament, David était inspiré par Dieu dans son combat. C’est une grille de lecture. Cependant, l’attitude de Goliath démontre que la certitude et l’aveuglement peuvent s’emparer de l’esprit de l’individu. C’est la principale critique envers les personnes dites puissantes : elles sont aveuglées.
Autrefois, on associait le pouvoir avec l’action juste. Ainsi, le Bushidô (le guide du Samouraï) ou les manuels de chevalerie du XIVme siècle n’hésitent pas à considérer comme puissant celui qui agit avec droiture, avec vertu. Au-delà d’un jeu d’influence, qu’il soit éthique ou non, il y a donc un état d’esprit qui détermine si une personne est puissante dans une situation présente ou non. Et nous revenons à ce qu’étymologiquement signifie le mot « pouvoir » : il vient du latin, posse, et signifie originellement « être capable », sans aucune connotation positive ou négative.
Bénéfices du pouvoir
Jeffrey Pfeffer et David Hawkins observent que des personnes puissantes jouissent de :
- Meilleure santé.
- Meilleure humeur.
- Plus d’entrain.
- Meilleures opportunités dans la vie.
- Meilleur estime de soi.
- Un sentiment de légèreté ou d’émerveillement.
- Meilleure conscience.
Pas mal non ?
Quelles sont les qualités qui déterminent cet état ?
Il serait complexe d’établir une liste archétypale de l’état d’esprit d’une personne puissante. Je liste ici les quatre éléments qui me paraissent primordiaux.
Lucidité : avoir l’ouverture d’esprit nécessaire pour comprendre une situation, en d’autres termes « être présent ». Ou bien être conscient de soi, ne pas se mentir à soi-même. Cette qualité rappelle le « Γνῶθι σεαυτόν » « Connais-toi toi-même » (1) que le milieu du bien-être et de la spiritualité aime répéter, presqu’à outrance.
Réflexion : des exemples comme Barack Obama ne réagissent pas par impulsion mais par lucidité, ils calculent et anticipent leurs actions. Ils savent comment accueillir et agir par rapport à une situation, au-delà de l’impulsion. De là, on se méprend souvent à associer le puissant à une personne qui calcule tout, ne pense sa vie que par stratégie. Je suis d’avis que comprendre l’instant présent amène inexorablement au calcul et à l’analyse pour pouvoir interagir avec autrui ou pour construire sa vie à cause d’une raison toute simple : le calcul stratégique permet d’anticiper les conséquences, de les évaluer et de choisir la meilleure.
Être serein : être calme est généralement associé au pouvoir et à l’ancrage. C’est la raison pour laquelle des personnages comme Krishnamurti ou d’autres gourous dans le milieu du bien-être et du spirituel. Au contraire, nous associons dans notre vie quotidienne le fait d’être nerveux, d’être en colère, à de la faiblesse. Nous ne sommes pas maître de la situation lorsque nous sommes dans cet état.
Être maître de soi, discipliné : les disciplines qui apprennent à rester concentré dans les moments de pression, tels que le judo, le karaté, les échecs, sont d’ordinaire associé au pouvoir. La méditation peut être associée au pouvoir, en tant que discipline qui apprend à être maître de son esprit.
Et là gît le principal lien entre spirituel et pouvoir : l’homme puissant a compris qu’il ne peut être maître que de lui-même, pas de l’extérieur. Au contraire, celui qui cherche à contrôler son entourage est habité par la peur.
On pourrait presque dire que les personnes les plus détachées sont les plus puissantes.
Comment développer un état d’esprit de pouvoir ?
Soyons honnête, c’est un travail qui se fait seul. Personne ne peut le faire à votre place. Et soyons encore plus honnête, ce n’est pas facile. Car les fondations du pouvoir sont avant tout la volonté et le détachement. Les points positifs sont :
- vous pourriez développer votre pouvoir sans dépenser le moindre centime.
- être quelqu’un de puissant ne fait pas de vous quelqu’un de mauvais. Cela dépendra de vos intentions.

Il existe cependant quelques actions que l’on peut mettre en place pour développer progressivement un état de pouvoir :
- Méditer et réfléchir sur ce qu’est le pouvoir – Comprendre comment nous jouons le jeu du pouvoir malgré nous – sans aucun jugement.
- Responsabilité radicale – honnêteté envers soi-même radicale
- Développer sa concentration.
- Apprendre à être progressivement maître de ses émotions.
- Apprendre à être ouvert à ce qui est autour de nous, être curieux et chercher à le comprendre.
Cette liste n’est pas exhaustive. Ce sont là sans doute les 5 actions les plus importantes.
Conclusion
Le pouvoir est un état d’esprit, avant tout individuel, avant d’être une dynamique de domination. Il s’agit avant d’un état d’esprit que l’on pourrait considérer comme « être maître de soi ». Carl Jung définit le pouvoir en tant que l’individuation de la personne, c’est-à-dire l’atteinte du plus haut degré de développement spirituel et conscient individuel.
J’en suis venu à comprendre qu’être puissant est la chose la plus importante pour pouvoir agir dans ce monde. Après tout, que pouvez-vous faire en étant faible ?
Pour ceux désirant explorer la nature du pouvoir
Je méditais au moins une heure par jour sur le mot « pouvoir », pendant plus d’un an. Cela a été difficile à cause de toutes les projections que je pouvais avoir à l’égard de ce concept mais je suis parvenu à m’installer en conscience en lui. C’est la meilleure méthode que je puisse vous conseiller pour avoir une approche spirituelle du pouvoir : méditer dans le pouvoir.
En outre, je peux vous recommander les lectures suivantes :
- Une bonne biographie d’un personnage qui incarne le pouvoir pour vous
- 48 lois du Pouvoir, Robert Greene.
- Les lois de la nature humaine, Robert Greene.
- Power versus Force, David Hawkins
- 7 lois du pouvoir, Jeffrey Pfeffer
- Tao-Te-King
- Par-delà Bien et Mal, Nietzsche
- Bushidô
- Le traité de 5 roues, Miyamoto Mushashi
- Avenir et présent, Carl G. Jung
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ATTENTION : je n’enseigne pas des stratégies de manipulation ou de domination ! J’enseigne un état d’esprit qui permet le pouvoir et comprendre ses dynamiques et ainsi d’être libre et maître de soi.
(1) Semi-humour : si vous ne connaissez pas le Grec ancien, vous avez raté votre vie.
(2) Je n’encourage pas un comportement machiavélique. Cela va de soi.

